Pierre Loti aux grottes d’ Isturitz

Posté dans : Divers-sans-catégorie | 0

On doit aux anthologies locales de beaux textes. C ‘est ainsi que l’on peut lire le récit de Pierre Loti aux grottes d’ Isturitz, il y a bien longtemps.

 le texte de Pierre Loti aux grottes d’ Isturitz

La grotte d’Isturitz

 

Nous voici dans la grande nef. Au milieu, malgré cette obscurité de rêve où tremblent nos petites lumières, on distingue vaguement quelque chose de gigantesque, qui se dresse dans une pose presque humaine; c’est tout blanc et laiteux, cela semble un colosse en albâtre, qui essaierait de toucher la voûte avec sa tête …

Notre guide nous emmène dans plusieurs galeries latérales où sont pétrifiées toutes les variétés de ces êtres qui hantent les cauchemar. Les stalactites (..), sont groupées là par familles, par formes à peu près semblables, comme si les Génies de la grotte avaient pris la peine de les classer.

Telle galerie est consacrée plus spécialement aux franges légères, si fines quelquefois qu’on les briserait en les touchant; Elles descendent de partout comme une pluie figée, elles pendent de la voûte en guirlandes innombrables …

Ailleurs, ce sont comme de longs doigts de cadavres, tantôt ouverts, tantôt crispés en griffe ; on dirait des collections de bras et de mains, les uns absolument géants, qui se­raient appliqués, enchevêtrés, su­perposés à profusion contre les pa­rois froides …

Quand nous revenons dans la pre­mière nef, notre guide allume un feu de paille, et l’obscurité lourde s’en va, se recule dans les bas-cô­tés, dans les couloirs profonds d’où nous venons de sortir. À la lueur de cette flamme rouge, la haute voûte de cathédrale se révèle, apparaît toute festonnée et frangée ; le co­lossal spectre blanc, entrevu tout à l’heure à l’arrivée, semble tout à fait une femme drapée dans des voiles, et son immense ombre monte, des­cend sur les parois de ce lieu un peu effroyable …

Alors on reste confondu devant la raison des choses, devant l’énigme des formes, devant le pourquoi de cette magnificence étrange, édifiée dans le silence et les ténèbres, sans but, au hasard, à force de centaines et de millions d’années, par d’im­perceptibles suintements de pierre.

Pierre Loti

 

Pour visiter les grottes d’ Isturitz et OXOCELHAYA

 

Le tourisme a bien évolué, électricité, escaliers, parking automobile. Chacun appréciera toutefois ce reportage.

Pour lire un autre texte de Pierre Loti, cliquer ici.