L ‘art roman au Pays Basque

L’art roman représente une avancée majeure dans la compréhension du Pays Basque. L’ article ci-joint, écrit il y a près de 60 ans par Philippe Veyrin, constitue une référence. Publié dans la collection “Horizons de France”, il mérite d’ être lu, partagé et apprécié.

Avant l’ art roman, le néant

Dans l’état présent de nos connaissances, le néant artistique se prolonge pendant tout le premier millénaire de la période historique. Celle-ci commence au Pays Basque avec la domination romaine, un peu avant l’ ère chrétienne.

L ‘historien ne trouvera faibles traces d’une colonisation latine sur le sol basque. Par exemple, inscriptions épigraphiques, à Hasparren et Tardets, quelques soubassements de l’enceinte de Lapurdum, le vieil oppidum bayonnais, des monnaies . Mais pas une œuvre d’art.

Le contraste est frappant avec les pays voisins (Béarn, Landes, Navarre méridionale et Alava). On y a exhumé de nombreux restes de villas, des mosaïques, statues, objets funéraires, témoignages d’une occupation stable des conquérants.

Jusqu’aux environs de l’an 1000, le pays dut rester fort sauvage. Les démêlés des Vascons avec les Wisigoths, les Francs, les Arabes et les Normands, n’ encourageaient pas la civili­sation. Le christianisme lui-même ne pénétra, croit-on, dans les hautes vallées qu’ à grand’ peine.

les Croisades et l’ art roman

Un double événement va transformer, à partir du XIe siècle, cette physionomie inculte et tant soit peu rébarbative. le mouvement militaire des croisades qui s’organisent en Navarre pour la reconquête de l’Espagne.

Et surtout l’élan simul­tané, purement mystique, qui oriente de prodigieuses foules de pèle­rins vers le tombeau présumé de l’apôtre saint-Jacques découvert en Galice.

Or, pour se rendre à Compostelle, trois sur quatre des principales routes de la chrétienté convergent, au Mouen Age, à Ostabat en Basse-Navarre.

Au delà, les pieux voyageurs entrepre­naient la traversée des redoutables cols pyrénéens.

Et plus particu­lièrement de ces périlleux « Ports de Cize ». Là y revivait encore le souvenir de la défaite infligée par les Vascons à l’armée de Charle­magne.

Roncevaux

En vue de diriger, d’héberger les pèlerins, les secourir et les protéger contre les exactions des petits féodaux indigènes, les grands ordres monastiques se mirent à l’œuvre avec ardeur. En particulier les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et les Prémontrés –

Des hospices furent créés à toutes les étapes. Ainsi, le plus illustre (mais non le plus ancien), reste cette Real Casa de Ron­cesvalles sur la frontière de Navarre. Ce dernier finira, au cours des siècles, par posséder en France même de nombreuses dépendances sur la voie de pèlerinage.

C’est ainsi que l’art roman a fleuri au Pays Basque. Non point sous l’aspect d’opulentes abbayes, mais disséminé en une multitude de petits sanctuaires. Et ainsi qui signalaient aux passants de modestes lieux de refuge.

Malheureusement, les injures du temps et plus encore celles des hommes (surtout les invasions espagnoles et les guerres de religion au XVIe siècle) ont été souvent funestes à ces menus édifices; Certains ont perdu leur caractère sacré. le plus grand nombre sont devenus des églises de village. Si copieusement remaniées à diverses époques qu’il n’en subsiste plus çà et là qu’un détail préservé par bonheur.

les prieurés de Lahonce et Bidarray

A Lahonce et à Bidarray, anciens prieurés, on peut voir encore deux simples et gracieux chevets du XIIe siècle; toutefois, c’est la Soule qui conserve intacts les deux principaux chefs-d’œuvre de cet âge.

Au patrimoine de l’ Unesco, HopitaL Saint-Blaise

A l’orée de la vallée du Saison, le village de l’Hôpital-Saint-Blaise, voisin du Béarn, possède – seul reste d’une antique commanderie -une église unique dans tout le pays par son style oriental. n effet, l’ ogive s ‘y dessine déjà, mais la disposition rayonnante des travées, .le plan en forme de croix grecque, s’apparentent aux églises romano-byzan­tines, cependant que le clocher central abrite une extraordinaire cou­pole, dont l’architecture et l’appareillage révèlent des influences pure­ment hispano-mauresques. Plusieurs ouvertures polylobées, certaines fenêtres garnies d’énormes dalles de pierre ajourées de motifs géo­métriques, accentuent encore l’aspect presque mudéjar de ce sanc­tuaire qui ne serait point déplacé à Tolède ou à Cordoue.

l’ art roman à Sainte-Engrâce

A l’extrémité opposée de la Soule, dans les montagnes de Basaburia (la tête sauvage), se dresse, massive comme une forteresse, la collé­giale de Saint-Engrâce, œuvre purement romane. A l’inté­rieur, sa triple nef voûtée en plein cintre, terminée par des absides en cul de four, est soutenue par de puissants piliers aux délicats chapiteaux. Ceux-ci sont ornés de remarquables sculptures symbo­liques qui ont conservé leur polychromie primitive.

Eneko Aguirre

Eneko est un jeune basque francophone qui choisit d 'écrire seulement sur les sujets qui lui plaisent.

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