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Hippolyte TAINE

Un beau texte de l’écrivain Hippolyte Taine, sur l ‘Océan au Pays BASQUE

Contraste

L’ eau ronge la côte; de grands ar­ceaux de terre et de pierre, durcis par son choc, lèvent à cinquante pieds du rivage leur échine brune
et jaune, usés, fouillés, mordus, déchiquetés, creusés par la vague,semblables à un troupeau de cacha­lots échoués. Le flot aboie ou beugle dans leurs entrailles minées, dans leurs profondes gueules béantes ;puis, quand ils l’ ont engouffré, ils le vomissent en bouillons et en écume, contre les hautes vagues luisantes qui viennent éternellement les as­saillir …

L’Océan Basque

Sous la bise qui siffle l’ Océan se hé­risse de flots violâtres ; les nuages qui passent le marbrent de plaques encore plus sombres ; si loin que
le regard porte, c’ est une agitation maladive de vagues ternes, entre­croisées et disloquées, sorte de peau mouvante qui tressaille tordue par
une fièvre intérieure ; de temps en temps, une raie d’écume qui les tra­verse marque un soubresaut plus violent. Çà et là, entre les intervalles
des nuages, la lumière découpe quelques champs glauques sur la plaine uniforme ; leur éclat fauve, leur couleur malsaine ajoutent à l’ étrangeté et aux mesures de l’ ho­rizon. Ces sinistres lueurs chan­geantes, ces reflets d’ étain sur la houle de plomb, ces scories blanches collées aux roches, cet aspect gluant des vagues donnent l’ idée d’ un creuset gigantesque, dont le métal bouillonne et luit.

Mais vers le soir l’ air s’ éclaircit: le vent tombe. On aperçoit la côte d’ Espagne et sa traînée de mon­tagnes adoucie par la distance. La
longue dentelure ondule à perte de vue, et ses pyramides paresseuses finissent par s’ arrêter.

Hippolyte Taine

(NB : les sous titres sont de Biarritz-guide)

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